Nous sommes le dimanche 27 août 2023, et vous lisez cette publication parce que vous figurez sur notre liste d’envois. C’est notre 18e parution.
Chaque semaine, sur un sujet de fond et d’actualité, un point de vue différend de celui du courant dominant, nourri aux sources de l’expérience et des principes de liberté.
Une opinion personnelle, qui échappe aux robots et à l’intelligence artificielle…
Mercredi prochain, 30 août 2023, dans l’après-midi, le chef de l’Etat recevra à L’Elysée tous les responsables des partis représentés au Parlement, RN et LFI compris, pour une réunion de travail, suivie d’un diner.
Cette réunion, acceptée par toutes les personnalités invitées, et présentée par l’entourage présidentiel comme une “initiative de grande ampleur”, a pour but de “bâtir ensemble des textes législatifs, et d’ouvrir la voie, le cas échéant, à des référendums”.
C’est la conséquence - comme déjà expliqué ici - de l’absence de majorité présidentielle au Parlement. Qui oblige le pouvoir exécutif à rechercher coûte que coûte des majorités de circonstance… En vain, pour l’instant.
On a déjà exposé dans ces colonnes que le scrutin majoritaire à deux tours, imposé en 1958 par les caciques de la IVe République, aboutissait à réduire la légitimité des élus, Président de la République compris, et tout spécialement Emmanuel Macron, qui n’a recueilli le 10 avril 2022 que 27,8% des suffrages exprimés au premier tour de scrutin.
Une brève histoire des majorités politiques après les élections présidentielles sous la Ve République
Or, la base électorale d’un futur président, doit se construire avant le scrutin, pas après. C’est ce que démontre une brève rétrospective des scrutins sous la Ve République.
- En 1958, pour se faire élire au suffrage indirect par les grands électeurs, le général De Gaulle avait le soutien de la quasi totalité du personnel issu le la République précédente, à l’exception du Parti communiste et de quelques hommes de gauche tels Pierre Mendès-France et François Mitterrand.
- En 1965, mis en ballotage au premier tour de l’élection présidentielle, le général De Gaulle hésite un moment à se représenter. N’ayant pas envisagé auparavant cette hypothèse, il se représente, pour son malheur…
- En 1969, Georges Pompidou élargit sa majorité gaulliste en embarquant avec lui le centriste Jacques Duhamel.
- En 1974, Valéry Giscard-d’Estaing part à l’élection avec Jean Lecanuet comme allié.
- En 1981, François Mitterrand est le candidat unique de toute la gauche.
- En 1988, François Mitterrand, qui ne peut plus compter sur les communistes, a su débaucher quelques centristes…
- En 1995, au deuxième tour, Jacques Chirac récupère naturellement les 18,6% des voix qui s’étaient portées au premier tour sur Edouard Balladur.
- En 2002, Jacques Chirac, qui fait moins de 20% au premier tour, commet l’erreur de ne pas élargir sa majorité à une partie au moins de ceux qui l’on soutenu au deuxième, pour faire barrage à Jean-Marie Le Pen.
- En 2007, Nicolas Sarkozy, dont le discours a séduit une partie de l’électorat du Front national, au premier tour, vire en tête avec plus de 31% des suffrages exprimés. Il opte ensuite pour un stratégie de débauchages individuels à gauche…
- En 2012, François Hollande, au premier tour, ne rassemble que 28% des suffrages exprimés. Mais il a une large majorité absolue à l’Assemblée nationale…
- En 2017, Emmanuel Macron, avec le soutien de François Bayrou, n’obtient que 24% des suffrages. A l’Assemblée, sa majorité est plus large que celle de son prédécesseur…
- En 2022, le président sortant, toujours jupitérien, rassemble moins de 10 millions de bulletins au premier tour. A l’Assemblée, son groupe perd 106 sièges….
Les effets catastrophiques du raccourcissement à cinq ans du mandat présidentiel
L’idée d’un quinquennat présidentiel remonte en France à 1848. C’est pourtant le septennat qui a fonctionné, entre 1873 et 2000. Cette année là, c’est Jacques Chirac, d’accord sur ce point avec son Premier ministre Lionel Jospin, qui l’a fait adopter, pour mise en oeuvre depuis 2002.
L’idée des constitutionnalistes était d’éviter, à l’avenir, le renouvellement d’un mandat de sept ans. Et aussi, en alignant la durée des mandats du Président et des députés, d’éviter les cohabitations et favoriser l’émergence de majorités parlementaires.
L’exemple des deux scrutins de 2022 a montré que cet espoir était vain.
Les partisans du mandat de cinq ans n’avaient pas anticipé non plus le fait que, dès l’élection présidentielle passée, les leaders politiques préparent la suivante, surtout quand le président, mal réélu, est affaibli par une majorité parlementaire très relative. Ce qui est le cas présentement.
Conclusion
Un pouvoir présidentiel omnipotent, omniprésent, sans majorité, sans successeur désigné : n’est-ce pas la pire des configurations qu’auraient pu imaginer les constituants de 1958 ?…
C’est tout pour aujourd’hui. Rendez-vous dimanche prochain !
