Garder son argent en Suisse n'a jamais été une mauvaise idée....
Ce n’est sans doute pas l’évènement essentiel de la semaine, mais c’est celui que je vais essayer de commenter pour vous aujourd’hui.
Nous sommes le dimanche 25 juin 2023, et c’est le n° 13 ce cette publication hebdomadaire, désormais vendue sur abonnement.
Depuis plusieurs mois, le franc suisse (CHF) vaut un peu plus cher que l’euro (EUR).
En dix ans la monnaie de nos voisins s’est valorisée de 23% par rapport à la nôtre, et même de 60% depuis la création de l’euro le 1er janvier 1999 !
Aujourd’hui, en pouvoir d’achat, un Suisse, en moyenne, en a deux fois plus que nous. Comme, depuis un siècle, en volume, la croissance dans ce pays n’a pas été beaucoup plus élevée, les Suisses doivent leur prospérité à leur monnaie forte. CQFD.
Quand on est Suisse, les sommes disponibles sur son compte bancaire conservent leur valeur, nonobstant une hausse moyenne des prix de détail de 2,4% depuis. 1960…
Mais quand on est Français, maintenir le pouvoir d’achat de son épargne est une autre paire de manches !
Depuis vingt ans, l’inflation moyenne n’a été que de 1,2% par an. Mais, sur la période, le pouvoir d’achat de la monnaie a baissé d’environ 20%. Pour maintenir la valeur réelle de son épargne, il faut donc avoir constaté, net d’impôt et de charges, une revalorisation nominale équivalente.
Donc, en premier lieu, ne jamais garder plus de liquidités que nécessaire pour ses besoins courants.
Et, au delà, mettre ses disponibilités sur des comptes épargne, ou des livrets, pouvant, aujourd’hui, rapporter au mieux 3 à 4% (avant impôts et charges). Voir ma chronique du 28 mai 2023.
20% sur 20 ans, c’est aussi, à peu près, le score moyen des fonds souscrits en assurances-vie (pour les fonds en euro, avec capital garanti).
Donc, sur cette période, l’argent ainsi placé aurait quasiment conservé son pouvoir d’achat, si les revenus des placements mobiliers échappaient à l’impôt, ce qui est le cas du livret A, mais seulement dans la limite du plafond de 22.950€.
Rappelons qu’avant l’euro les épargnants subissaient de plein fouet l’inflation et les dévaluations, la dernière en date, en France, remontant au 11 janvier 1987…
Si l’on souhaite garder son épargne liquide ou quasi disponible, il faut donc la mettre sur un compte libellé en une autre monnaie, qui a des chances de se valoriser par rapport à l’Euro, comme le franc suisse ou la couronne norvégienne, la première étant portée par la confiance qu’elle inspire, du fait de la gestion de ses finances publiques ( quatre fois moins de dettes que la France, proportionnellement à son revenu national), tandis que la seconde est “indexée” sur le baril de brut, compte tenu de la capacité exportatrice de la Norvège en hydrocarbures, associée à une gestion très précautionneuse des excédents de ressources que ces dernières lui procurent.
Et l’on sait qu’aujourd’hui, tout contribuable français a parfaitement le droit d’avoir un compte à l’étranger, à la condition de le déclarer aux impôts.
Même déposée en Suisse ou en Norvège, une épargne conservée quasiment disponible ne fera jamais de miracle. Seuls les placements durable, et comportant un risque peuvent procurer des profits, sous forme de plus-values. C’est le principe même du capitalisme vertueux. Il vaut pour les entrepreneurs : 90% des milliardaires d’aujourd’hui sont des entrepreneurs qui ont bien réussi ; 10% seulement sont des héritiers, et ce ne sont pas les plus riches… Il vaut aussi pour les épargnants, à la seule exception de ceux qui se hissent à la hauteur des entrepreneurs, tels le génial Warren Buffet.
Un simple épargnant peut être riche, et maintenir la valeur de son capital. Mais il ne peut pas le multiplier sas prendre de risques, comme un entrepreneur. Francis Oppenheim soutenait que le profit était toujours la contrepartie d’un risque, et ne pouvait être autre chose.
Certains, souvent, considèrent que le placement immobilier pourrait être une exception : qu’il permettrait de faire fructifier son épargne sans risque.
Cela peut sembler vrai sur certaines périodes, dans des circonstances particulières, par exemple quand les taux d’intérêt des emprunts sont à des niveaux rendus artificiellement bas par l’intervention des pouvoirs publics… mais la revalorisation éternelle des prix de l’immobilier, même sur des emplacements premium, est une fable, dont on voit bien justement, présentement, qu’il convient de se méfier.
Et si l’on considère les cas de ceux qui ont fait fortune dans l’immobilier, ils ont plutôt agi en marchands de biens, en prenant des risques, qu’en épargnant pantouflard !…
Gagner de l’argent, par son travail, est toujours difficile. Le conserver aussi. La liste est longue de ceux qui n’y sont pas parvenus.
Il est donc important, en cette matière de placement, d’être toujours lucide. Soit on est prêt à prendre des risques, soit non. Si c’est non, maintenir durablement le pouvoir d’achat de son épargne ne sera déja pas si mal. Si c’est oui, alors beaucoup de possibilités existent.
J’y reviendrai donc, ici, bientôt…
Alain Dumait
