L’économie mondiale, sans être en ruines…, va mal. En janvier dernier, la Banque mondiale a lancé un avertissement :
- “Tout choc défavorable, tel qu’une aggravation de l’inflation, un durcissement des politiques économiques ou des tensions financières, pourrait plonger l’économie mondiale dans la récession”, écrivait-elle.
La faute directe est du coté des banques centrales, toutes emmenées par la Réserve féderale américaine-Fed, dont les changements de pieds ont été plus importants encore : outre-Atlantique, les mêmes taux sont passés, dans le même temps (entre juillet 2022 et mars 2023), de zéro à 5% !
Cette action “énergique”, a pour seule raison “la sacro-sainte lutte contre l’inflation”, que ces banques centrales entendent limiter à un maximum de 2%.
Remarquons tout d’abord que ces institutions assimilent désormais l’inflation à la hausse des prix, alors que, jusqu’à présent, et classiquement, le même terme désignait une augmentation incontrôlée de la masse monétaire. Et, en l’occurence la hausse des prix, bien réelle (9,2% en moyenne en zone euro en 2022) n’est pas due à une augmentation de la création de monnaie par les banques, mais à des phénomènes exogènes : pénurie de matières premières, guerre en Ukraine, désordres dans les transports intercontinentaux.
Cette hausse brutale des taux d’intérêt a-t-elle calmé la hausse moyenne des prix ? La réponse pour l’instant est non !
En revanche, elle a eu des effets catastrophiques sur l’économie réelle, et sur les perspectives de celle-ci à moyen terme.
A commencer par l’ensemble du système bancaire, dont la santé est directement dépendante des décisions des banquiers centraux, qui régulent l’arrivée d’air et de sang - via le prix de leurs ressources - dans chacun des organismes constitutifs du dit système.
Aux Etats-Unis, les banques viennent de subir un tremblement de terre dont les secousses ne sont pas terminées.
Le mécanisme est simple :
quand les taux d’intérêt montent, la valeur des titres représentatifs d’emprunts passés - obligations, emprunts d’Etat… - diminue comptablement. Un titre acheté 100 avec un rendement de 1%, vaudra toujours 100 le jour de son remboursement, mais, auparavant, sur le marché secondaire de l’occasion, si le taux d’intérêt à doublé, la valeur de ce titre peut perdre jusqu’à 50% de sa valeur !
Et si une banque doit vendre des titres détenus en fonds propres, pour faire face à des demandes de retrait de ses clients, elle essuiera des pertes, ses critères de solvabilité seront remis en cause. Et ce sera la panique… comme viennent de le vivre plusieurs dizaines de banques aux Etats-Unis.
Tous les autres agents économiques sont touchés par cette hausse inattendue des taux d’intérêt :
les emprunteurs en général, les acquéreurs de biens immobiliers en particulier ;
les entreprises qui ont des besoins de nouveaux financements ;
les ménages, qui voient leurs capacités d’emprunt se réduire comme peau de chagrin.
Quelle légitimité pour ces banques centrales ?
Certains diront que les Banques centrales ont remonté les taux parce qu’ils avaient été longtemps trop bas…
En effet, depuis 2009, la Fed a pratiqué un taux directeur à zéro, sur la période, pendant près de dix ans ! Beaucoup d’observateurs ont parlé, à juste titre, d’économie “sous perfusion”.
Car, si les conséquences de la hausse récente et brutale des taux à été dommageable, celles ses taux zéro ont sans doute étaient pires encore. A court terme, les taux bas dopent certainement l’activité, mais ils détruisent l’épargne volontaire de long terme. Quel épargnant raisonnable investirait son épargne avec des rendements proches de zéro ? ( D’où l’envolée spectaculaire des marchés refuges : celui des bourses, du marché de l’art, et de l’or, à plus de 2.000 dollars l’once ! ). La drogue monétaire est seule responsables de toutes les bulles financières !
On prétend que si les taux courts sont manipulés par les banques centrales, les taux longs seraient déterminés librement par les marchés.
J’en doute ! Quel particulier, librement, prêterait son bon argent sur dix ans à un Etat français endetté à hauteur de 3.000 milliards d’euros, moyennant une rémunération de 3% seulement (rendement des OAT, obligations assimilables du Trésor) ? Si les taux d’intérêt à court terme sont manipulés, les taux à long terme sont fortement influencés. Ils ont cessé depuis longtemps d’être “naturels”.
On vient de voir que nos banques centrales, soit-disant autonomes, ne savent pas lutter contre l’inflation, et qu’elle ne savent pas non plus assurer la stabilité financière, qui sont pourtant leurs missions.
On en arrive donc à se demander quelle est leur légitimité…
Les Etats ont pris la monnaie en otage
Certains de mes amis libéraux soutiennent que l’émission de la monnaie relève d’un pouvoir “régalien”.
Je pense que c’est faux ! La monnaie, qui, au départ, est une marchandise comme une autre, a toujours existé. Si les premières pièces métalliques apparaissent six siècles avant Jésus-Christ, dans le monde grec, elle avaient été précédées par des proto-monnaies - comme le sel, avec lequel on payait les légionnaires romains - qui facilitaient le troc, aussi vielles que les tout premiers échanges entre nos plus anciens ancêtres. Peu à peu, pour ses qualités intrinsèques, l’or a été naturellement sélectionné, après élimination de l'argent-métal, comme seule marchandise valant monnaie.
La suite est mieux documentée. Les Etats émergent, les souverains ont besoin de plus d’argent qu’ils en ont pour financer principalement leurs guerres. Ils font feu de tous bois. Ils rançonnent les juifs (comme philippe-le-Bel en 1306), et émettent de la fausse monnaie (en réduisant le poids d’or dans les pièces de monnaie en écus).
Puis le papier-monnaie apparait, d’abord garanti par un stock d’or, jusqu’au dollar-or, dont la convertibilité est suspendue (définitivement) en 1971. La référence à l’or disparait. Les banques centrales deviennent toutes puissantes. L’objectif inavoué du système étant de financer, si possible à bon compte, une dette publique qui ne cesse d’augmenter. On en est là.
Cette construction artificielle ne peut pas durer toujours
Depuis cinquante ans, la dette publique française a été multipliée par 10. L’Etat n’a jamais, ne fusse qu’une seule fois, équilibrer ses comptes. En 2023, la charge de la dette dans le budget de l’Etat augmente de 16% ! Les dépenses à ce titre dépasse celles au titre de la Défense nationale…. Ce n’est pas tenable ! ….
Et la France n’est pas à cet égard le pays le plus mal placé…. Cette extravagance ne durera pas.
Que faire ?
La Banque de France parle d'Intermédiation Financière Non Bancaire (IFNB). Car le shadow bankink draine beaucoup d'épargne, la rémunère (fort bien), sans participer à la céation de monnaie bancaire. Elle découle de l'imagination des agents du marché, pour contourner une réglementation devenue tatillonne, et un numerus clausus qui s'apparente à un quasi monopole. Il est d'ailleurs apparu dans la foulée de l'annonce de la fin de la convertibilité du dollar...
L’urgence est la réduction des dépenses publiques.
Arrêtons de distribuer de l’argent qui n’existe pas.
Revenons à un financement des investissements productifs par l’épargne privée.
Réduisons les limites de l’Etat-providence.
Quand les Etats auront moins besoin des banques centrales pour financer leurs dépenses souvent inutiles, on pourra envisager de les réformer, en les mettant en concurrence.
Utopie, comme je l’entends derrière mon dos ?
De tout temps, certains hommes ont su habilement tourner toute règlementation contraignante et imposée sans concertation. Depuis quarante ans, pour contourner les règlementations financières paralysantes, une “finance de l’ombre” s’est organisée, on l’appelle “shadow banking”. Elle rassemble tous ces fonds non régulés qui draine une part de plus en plus importante de l’épargne mondiale. Son accès est réservée aux seules personnes dites “averties”. Tous ceux qui en font parti échappent aujourd’hui aux rendements misérables du livret A.
Cette finance parallèle prospère sur les tares du système dominant. Mais même les super héros de ce “shadow banking” seraient emportés par une crise de confiance générale.
Si le retour à un système monétaire basé sur l’or ne parait pas possible, et comme les acrobaties des banques centrales ne parviendront jamais à assurer la stabilité de l’environnement financier dont l’économie aura toujours besoin, c’est aux Etats, tels qu’ils sont, qu’il revient d’être plus vertueux. Et aux citoyens de voter pour des gouvernants plus sérieux.
Alain Dumait
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P.P.S. : Mon épitre précédente est disponible !
