Nous sommes le dimanche 14 janvier 2024. Vous lisez cette publication parce que vous figurez sur notre liste d’envois. C’est notre 36e parution.
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Pour réussir son deuxième quinquennat, il était moins important pour le Président de la République de changer son gouvernement que de rassembler une majorité à l’Assemblée nationale !
Plutôt que de faire “un coup”, inattendu mais facile, en débauchant Rachida Dati, toujours prête à mettre un portefeuille sous son bras, que n’a-t-il appelé un responsable des LR, un Retailleau, un Marleix, voire un Ciotti !
Avec la possibilité d’appliquer leur programme, auraient-ils refusé ?
Et c’est alors seulement qu’il se serait tourné vers Gabriel Attal, inutile symbole de rajeunissement…
Il savait mieux que personne que, si, sous la Vème République, le gouvernement procède du Président, il est aussi responsable devant l’Assemblée nationale.
A Sciences-po, le chef de l’Etat, encore étudiant, a dû suivre un cours d’histoire politique contemporaine…
Il a donc appris que tous les présidents, avant lui, ont fait - ou essayé de faire - ce qu’il fallait pour s’assurer une majorité parlementaire :
- le Général de Gaulle, dernier Président du Conseil de la IVème République, a été investi par une large majorité de la dernière législature de la République précédente. Puis, autour de Michel Debré, son premier Premier ministre, figuraient les principaux caciques du régime précédent…
- Georges Pompidou sut s’allier avec Jacques Duhamel, avant d’affronter Alain Poher…
- Valery Giscard d’Estaing (VGE) fit campagne avec Jean Lecanuet…
- François Mitterrand, en 1981, obtint, avec les communistes, une majorité absolue de députés pour soutenir son gouvernement… Puis en 1988, il sut débaucher tous les centristes possibles et disponibles, et même Jean-Pierre Soisson, cofondateur du Parti républicain de VGE…
- Jacques Chirac, plus maladroit sur ce plan, n’avait pas besoin d’élargir sa majorité, mais il réussit à la perdre, en prononçant une funeste dissolution le 21 avril 1997…
- Nicolas Sarkozy, en 2007, garda François Fillon pendant cinq ans, qui avait une majorité parlementaire.
- François Hollande aussi avait une majorité…
- Emmanuel Macron, en 2017, dans la foulée de sa conquête, avec l’appui de François Bayrou, obtint également une majorité, en débauchant individuellement quelques députés LR, dont le Premier ministre Edouard Philippe (40ème Premier ministre de la Vème République)…
- Emmanuel Macron, pour son deuxième mandat, en 2022, ne fit alliance avec personne, ni pour la présidentielle ni pour les législatives. Il aura attendu janvier 2024 pour détacher de nouveaux éléments LR, ce qui peut constituer un changement de cap, mais n’est pas de nature à modifier le paysage parlementaire. Il reste donc un président sans majorité…
Au-delà du fait que le Président n’a pas su, ou voulu, élargir sa majorité au-delà du Modem de François Bayrou, Il n’a pas su, ou voulu non plus organiser et implanter un parti politique digne de ce nom.
Le nom du parti du Président, autrefois “La République en marche” (LREM), “Renaissance” depuis le 17 septembre 2022, n’a été mémorisé par presque personne, au delà des 25.000 adhérents “certifiés” et revendiqués, et des journalistes spécialisés…
Construire un parti politique de toutes pièces, et avec ses troupes parvenir au pouvoir, n’est pas une mince affaire.
Il a fallu cinquante ans pour que que le RN, ex FN, arrive aux portes du pouvoir, avec peut être une majorité à l’Assemblée…
De son vivant, le Général de Gaulle n’y est jamais parvenu, d’où, pour une part, sa défaite au référendum de 1969. C’est après que les gaullistes, toujours alliés aux centristes, furent majoritaires, sauf en 1968, grâce aux “évènements” de mai 68, qui servirent de repoussoir électoral…
Emmanuel était un homme pressé. Le slogan démagogique “ni droite ni gauche” lui servit d’étendard. Son indéniable talent lui tenait lieu de génie politique ! Ayant recruté son équipage, il embarqua le 17 avril 2017 au premier tour 24,01% des électeurs s’étant exprimés. Il était en tête, mais de peu…
L’aventure politique personnelle pouvait commencer… Grâce au scrutin majoritaire uninominal à deux tours, LREM rafle 308 sièges. Mais un tel miracle ne pouvait se reproduire deux fois…
Les aventures politiques personnelles aboutissant à la prise du pouvoir sont rares dans notre histoire politique modernes.
Les noms de Bonaparte, du prince Louis-Napoléon viennent à l’esprit. Le Général de Gaulle ne fait pas partie de ce lot, car il s’est toujours scrupuleusement conformé non seulement aux règles constitutionnelles, mais aussi à celles du régime parlementaire, réduit à son rôle de contrôle, avec des partis et groupements politiques concourant à “l’expression du suffrage”, comme indiqué l’article 4 de la Constitution.
Dans l’histoire politique contemporaine, Emmanuel Macron figurera parmi les aventuriers. Mais, à l’inverse de ses rares prédécesseurs, un aventurier enchaîné par un système qu’il disait vouloir changer.
Alain Dumait
Trois informations brèves, mais importantes.
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