Nous sommes le dimanche 28 janvier 2024. Vous lisez cette publication parce que vous figurez sur notre liste d’envois. C’est notre 38e parution.
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L’histoire de France est jalonnée de révoltes paysannes. La colère d’aujourd’hui se situe donc dans une longue tradition…
Dans un monde globalisé, pour permettre aux agriculteurs d’avoir un revenu décent, une forme ou une autre de protection s’est imposée en Europe, parallèlement à la complexification des métiers de cette profession.
D’un pays à l’autre, ce soutien a pris des formes différentes.
En France, depuis plus de cinquante ans, la politique agricole trouve son inspiration dans les réflexions et les revendications portées par les organisations professionnelles elles-mêmes :
- remembrement,
- aide à l’installation des jeunes, et au départ des agriculteurs âgés,
- aides à l’exportation et, taxation des produits importés…
Puis, dans la cadre sans doute d’un marchandage franco-allemand, transposition de cette politique protectrice au niveau européen, sa charge budgétaire étant alors répartie entre les pays membres.
Le chiffre de plus de neuf milliards d’aides versées aux agriculteurs français par la Commission de Bruxelles, au titre de la PAC, Politique agricole commune, n’a d’ailleurs pas manqué d’être rappelé avant-hier 26 janvier par le Premier ministre.
La comparaison des politiques publiques à l’égard de l’agriculture est rendue difficile par les écarts de niveaux de vie, de spécialisations, de structures des exploitations, les différences entre les sols et les territoires…
Mais certaines données chiffrées peuvent néanmoins être confrontées.
J’ai sélectionné ici quelques éléments caractéristiques de la situation des agriculteurs en France et en Suisse :
- Chez nos voisins, les aides directes aux agriculteurs, par exploitation, sont trois supérieures à ce qu’elles sont pour leurs collègues français. Les droits de douane à l’importation sont également en moyenne trois fois plus élevés. Le protectionnisme suisse en matière agricole est assumé…
Du coup, aujourd’hui, de l’autre coté du lac de Genève, la part de la surface agricole utile cultivée en bio est deux fois plus importante. 15% des surfaces agricoles sont dédiées à la biodiversité, concourent à la beauté des paysages, et sont subventionnées à ce titre…
Compte tenu des caractéristiques géographiques de la Suisse, pays de montagne, de forêts, d’alpages…. et de petites exploitations, comme de ses caractéristiques politiques, découlant de sa neutralité (depuis 1815), le pays est plus attaché qu’aucun autre à sa souveraineté alimentaire.
Cet objectif a été posé en tête des principes de sa politique agricole, inscrits en 1999 dans sa Constitution fédérale (article 104). Viennent ensuite, dans ce même article :
- la conservation des ressources naturelles ;
- l’entretien des paysages ruraux ;
- une occupation décentralisée du territoire ;
- le respect du bien être animal.
Retenons surtout qu’en Suisse, la première compétence fédérale mentionnée dans cet article de la Constitution aboutit à compléter le revenu paysan par des paiements directs, destinés à « rémunérer équitablement les prestations fournies, à condition que l’exploitant apporte la preuve qu’il satisfait à des exigences de caractère écologique »
Cette notion de rémunération équitable avait été précisée dès 1992 par un Loi agricole qui énonçait, dans sont article 5 : les mesures de la loi ont pour objectif de « permettre aux exploitants remplissant les critères de durabilité et de performance économique de réaliser, en moyenne pluriannuelle, un revenu comparable à celui de la population active dans les autres secteurs économiques de la même région ».
Depuis 30 ans, en Suisse, protections et aides directes, sont soumises à des conditions écologiques… Ce qui n’empêche pas, actuellement, les écolos suisses de demander un renforcement des règles phytosanitaires, ni les agriculteurs de protester contre la baisse - récente - de leurs revenus. Mais sans barrer les routes ou d’asperger de purin des bâtiments publics…
Pourquoi donc une telle différence de politique agricole dans deux pays si voisins, aux échanges si nombreux ?
Sans doute parce que l’un pratique un système politique de démocratie directe.
Tous les principes actuels de la politique agricole suisse résultent d’initiatives populaires approuvées, venant aussi bien de la puissante l’Union Suisse des Paysans que de collectifs de consommateurs.
Dans le même temps, en France, les décisions viennent d’en haut, toujours négociées dans l’entre-soi des technocrates et des groupes de pression.
En tout cas, opposer agriculture et écologie est sans avenir. C’est ce que nous dit l’observation de l’exemple suisse…. Mais cette réconciliation, si nécessaire et urgente, ne peut se faire que dans le cadre d’institutions poussant en permanence au compromis politique et social, ce que seul permet la démocratie directe, avec ses initiatives populaires quasi permanentes.
Alain Dumait
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