Il s'agit d'un projet adopté par les deux parlements italien et français, et dont le traité international a été ratifié définitivement en 2017....Qui décide en france ? Le gouvernement ? Le parlement ? Ou quelques milliers de manifestants ?
Nous sommes le dimanche 18 juin 2023. Vous recevez cette lettre chaque semaine. C’est notre n° 12. Pour lire les précédentes, c’est ici.
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Cette semaine, je choisis de porter mes réflexions sur le dossier de la liaison ferroviaire transalpine Lyon - Turin.
1- S’agissant des éléments factuels, je vous recommande la lecture de cet article sur Wikipedia.
On remarque tout d’abord que l’idée de ce projet remonte au début des années 80. Sa mise en service, au mieux, serait pour 2030. On peut imaginer que les données, ainsi que les mentalités, ont pu évoluer et changer sur un tel laps de temps… Une bonne idée hier peut l’être moins aujourd’hui…
2- De tout temps, les gouvernements de la France ont été portés vers les “grands travaux”. Sans remonter à ceux de Vauban ou de la ligne Maginot, et en ne considérant que quelques initiatives récentes ou contemporaines, on peut aujourd’hui se demander, si aujourd’hui c’était à refaire, quelle serait la réponse ?
- A Paris, le boulevard périphérique (1956-1971), la voie sur berge rive droite (1966-1967), la Tour Montparnasse (1968-1973)…
- Au plan national, le programme autoroutier (depuis 1940), les lignes TGV (depuis 1981).
Or, si tous ces équipements ont trouvé leur place dans le paysage de nos villes et campagnes, force est de constater qu’ils continuent d’être contestés : pour leur esthétique, comme la Tour Montparnasse, leur utilité même (la Bretagne se passe toujours d’autoroutes), leur non-rentabilité (cas de toutes les lignes TGV, sauf Paris-Lyon), leur atteinte durable à l’environnement (voies sur berge à Paris), ou pour des principes d’urbanisme périmés, comme le boulevard périphérique.
Et on a vu, récemment, à Notre-Dame-des Landes, un projet d’aéroport, approuvé par référendum régional, mis en route au niveau des emprises foncières, et finalement abandonné, sous la pression de quelques centaines de militants écologistes radicaux.
3- Revenons à la liaison ferroviaire transalpine. Le même président de la République est à l’Elysée et les même militants écologistes radicaux sont mobilisés…
A ce jour, 20% des tunnels de cet équipement auraient déjà été creusés, selon le consortium franco-italien en charge de la réalisation. Le financement est assuré à 50% par l’Europe, 30% par l’Italie et 20% par la France.
Les travaux continuent, mais on peut faire confiance aux groupuscules activistes radicaux mobilisés pour maintenir un haut niveau de pression, à la fois sur le terrain et dans les médias.
Le devenir de l’ouvrage devient en France une affaire de politique intérieure.
Il est toujours difficile de réaliser des grands projets, dans un régime démocratique, quand on n’a pas un fort soutien de l’opinion. Ce qui est le cas d’Emmanuel Macron, avec ses 27,85% des suffrages exprimés au premier tour du 10 avril 2022, ses 30% d’opinions favorables dans les sondages, et sa majorité relative à l’Assemblée nationale de 245 sièges sur 577.
Le tunnel sous la Manche aurait-il pu être construit sans le leadership de ceux qui signèrent ensemble le 20 janvier 1986, à savoir le Premier ministre britannique Margaret Thatcher et le président français François Mitterrand ?
4- Tunnel sous les Alpes ou pas, le plus inquiétant dans la situation présente, dans le contexte où nous sommes, à 400 jours de l’ouverture des Jeux olympiques… est constitué par cette mouvance anarcho-écolo, qui a encore rassemblé quelques milliers de personne hier samedi 17 juin, en Isère (plus de 4.000 personnes selon les organisateurs et plus de 3.000 selon les autorités), et mobilisé 2.000 gendarmes.
Selon la dernière dépêche AFP de ce matin, “les opposants à la ligne ferroviaire ont manifesté samedi après-midi sur une route de la vallée de la Maurienne, occupant brièvement l'autoroute A43, et affrontant les forces de l'ordre au niveau de Saint-Rémy-de-Maurienne. "96 ressortissants étrangers, connus des services, ont été refoulés à la frontière. Plus de 400 objets dangereux ont été saisis lors des contrôles en
amont. Soutien aux 12 gendarmes blessés", avait résumé dans un tweet le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Le préfet de Savoie François Ravier avait fait état d'un blessé léger côté
manifestants tandis que les organisateurs ont évoqué une cinquantaine de
blessés graves, six hospitalisations dont deux pronostics fonctionnels engagés.Selon le préfet, 300 à 400 "radicaux se sont constitués en black bloc". Des échauffourées avaient interrompu les discussions entre les autorités et des élus, qui demandaient une prolongation au parcours initial… “
En janvier 2000, Maurice Druon publiait un court essai, “La France aux ordres d’un cadavre”. L’auteur considérait que notre pays, seul de son genre en Europe, vivait sous un régime semi-marxiste, obéissant aux injonctions de syndicats encore influencés par le Parti communiste, nonobstant la chute de L'Union soviétique en 1991.
Aujourd’hui, des minorités agissantes, tantôt violentes et tantôt non-violentes, sans être au pouvoir, sont toujours davantage écoutées des médias et de nos gouvernants que des majorités, silencieuses ou non. En tout cas, ce week-end, quelques élus de la vallée de la Maurienne mis à part, sur les chaines TV d’information en continu, on n’a pas entendu beaucoup de leaders politiques de premier plan, défendre la liaison transalpine. Comme si elle filait déjà un mauvais coton…
Alain Dumait
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