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Quand George Orwell fait paraitre La ferme des animaux, en 1945, il collabore par ailleurs à une revue trotskiste américaine, "partisan review". Sa fable est une critique directe du stalinisme. Quelques années plus tard, avec "1984" , son inquiétude s'élargit à l'ensemble du "monde libre"...
Il revient à l’économiste américain Arthur Lafer d’avoir, il y cinquante ans, formalisé par une loi une idée très ancienne : “trop d’impôts tue l’impôt”. Au-delà d’un certain point, l’augmentation de la pression fiscale se traduirait par une diminution de la recette. D’autres disent : “le taux mange l’assiette”…
Si cette assertion est exacte, du côté des recettes de l’Etat, il en est sans doute de même pour l’efficacité de l’action de l’Etat, du côté de ses dépenses.
Cela d’ailleurs se vérifie, à chaque fois que la gestion publique est en concurrence avec la gestion privée.
- les établissements scolaires privés sont plus efficaces que nos écoles publiques. Le ministre de l’Education nationale, M Pap N’diaye - comme Lionel Jospin en son temps, et beaucoup d’autres aujourd’hui - préfère mettre ses enfants à l’Ecole alsacienne !
- on est mieux traité (pour ne pas dire mieux soigné) à l’hôpital américain de Neuilly. C’est le rendez-vous des “people”. Mais rares sont ceux qui peuvent s’offrir ce luxe, avec des revenus amputés de moitié par l’Etat-providence….
- A Paris, quand les éboueurs fonctionnaires font grève, dans les huit arrondissements sur vingt où la collecte est privatisée, les ordures sont ramassées.
- S’agissant du secteur des entreprises industrielles et du secteur bancaire, on se souvient que toutes les nationalisations de 1981 ont été re-privatisées, pour cause d’échec financier. Le géant Elf-Aquitaine a été absorbé par Total, plus petit que lui….
Aujourd’hui la sphère publique, pourtant allégée de sa dimension industrielle et bancaire, absorbe plus de 50% des ressources nationales annuelles, et non pas 45%, comme dit officiellement, si l’on veut bien ajouter aux prélèvements proprement dits (45% du PIB), l’augmentation de la dette publique, évaluée ici sur la base (restrictive) du déficit du budget de l’Etat (145 milliards d’euros). Comme dirait Emmanuel Macron, “un pognon de dingue” !
On peut estimer que si l’Etat s’en tenait à ses seules fonctions régaliennes (Défense nationale, Sécurité publique, Justice), il pèserait trois fois moins lourd, et, sans doute, pourrait y consacrer à la fois plus de moyens, plus d’attention, plus d’intelligence, et obtenir de meilleurs résultats.
Mais le plus grave n’est pas du point de vue macro-économique de l’efficacité de l’action de L’Etat-providence, avec son obsession de la redistribution. Il se situe au plan des individus et du façonnage de leurs personnalités par un système où le plus grand nombre en arrive à prétendre vivre sur le dos des autres. On distribue des faux droits - Droit au logement, Droit à la santé, Droit à l’éducation, Droit à un revenu minimum décent … - et ensuite, il faut faire face aux exigences des ayants-droits bernés et pleins d’illusion. Tous futurs mécontents, voire manifestants…
Quand l’Etat dit “je m’en charge”, chacun comprend : “j’en suis déchargé”. C’est le temps de l’irresponsabilité généralisée des individus et des familles… C’est le temps d’aujourd’hui….
Santé, Education, Sécurité … : l’actualité me permet facilement d’illustrer mon propos.
- Les trafics de drogue semblent envahir tout l’espace public. Aucun quartier ne serait épargné. A Villerupt, en Meurthe-et-Moselle, le samedi 13 mai, vers 18 heures, sur un point de deal, à cinquante mètres d’un poste de police, à cent mètres de la mairie, une fusillade fait cinq blessés. Le maire déclare : “l’Etat nous abandonne”. La responsabilité des parents, des familles, de la commune, n’est pas évoquée. C’est toujours la faute des autres….
- Avec des crédits qui dépassent soixante milliards d’euros en 2023, l’Education nationale, premier budget de l’Etat (et plus importante bureaucratie en Europe) fabrique de plus en plus d’illettrés ! Plus de trois millions recensés officiellement par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme. Entre 7 et 10% de la population entre 18 et 65 ans… L’Anlci est en appel de projets… Peut-on ici suggérer que ce qui était peut-être un projet progressiste en 1882 (principalement destiné à imposer le concept de laïcité), ne l’est sans doute plus en 2023 ? Et qu’aujourd’hui la loi Guizot de 1833 (imposant l’école obligatoire dans les communes de plus de 500 habitants), complétée par la loi de Victor Duruy en 1867 (imposant la même obligation pour les jeunes filles), constitueraient un ensemble décentralisé plus efficace ? ( Il est vrai que j’appartiens à une génération où ma grand-mère m’apprenait à lire et à écrire dès l’âge de quatre ans). Toutes les lois de la République n’aboliront jamais le fait que l’éducation des enfants est de la responsabilité naturelle des parents !
- La sécurité sociale française - que-personne-ne-nous-envie… - à l’oeuvre depuis près de quatre vingt ans, est à l’origine de l’état actuel de notre système public de soins : avec des médecins qui ne veulent plus soigner en zone rurale, des services d’urgence inondés à l’hôpital, des délais qui chaque jour s’allongent pour obtenir un rendez-vous avec un spécialiste… A qui la faute ? Si l’on en croit les médias : les laboratoires pharmaceutiques qui s’enrichissent ; les médecins qui réclament de meilleures rémunérations ; d’autres (ou les mêmes, qui rédigent des ordonnances à rallonge ; des infirmières qui rechignent aux horaires excessifs ; des investissements insuffisants ; trop de personnels administratifs… La responsabilité individuelle est rarement avancée. Elle est pourtant essentielle. Pour la prévention d’abord, Pour les premiers soins ensuite.
Pour améliorer nos systèmes de santé, comme nos politiques de sécurité ou d’éducation, restaurer progressivement partout la notion naturelle de responsabilité individuelle, ne résoudrait pas tout. La liberté responsable n’est pas une baguette magique. Mais, associée au principe de subsidiarité - toujours évoqué, jamais appliqué - base d’une décentralisation intelligente, ce serait une voie de redressement.
Alain Dumait
