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Dans un échange de lettres avec Proudhon, Bastiat avait mis en garde contre l'expansion du crédit à coup d'argent gratuit : « L'extrême facilité de se procurer du papier-monnaie serait un puissant encouragement au jeu, aux entreprises folles, aux spéculations téméraires, aux dépenses immorales ou inconsidérées. C'est une chose grave que de placer tous les hommes en situation de se dire : Tentons la fortune avec le bien d'autrui ; si je réussis, tant mieux pour moi ; si j'échoue, tant pis pour les autres ». (Frédéric Bastiat, Gratuité du crédit)Les fausses monnaies officielles apparaissent aujourd’hui fragiles. Elles sont aussi attentatoires à nos libertés individuelles.
En 1957, Jean-Pierre Bécret, pour le Club-Med, invente le paiement au bar des paillotes avec des colliers de boules de couleur. (Aujourd’hui remplacés par des NFC, disponibles sur les montres connectées…). Mais quand la paillote ferme, en fin de saison, les boules redeviennent sans valeur, sauf à se faire rembourser, avant l’heure limite.
Plusieurs centaines de milliers d’Américains viennent de vivre la même expérience, avec les nouvelles faillites de banques américaines. Les clients de la First Republic Bank, mise sous séquestre le 1er mai, n’ont pu retirer que 250.000 dollars par personne, à la condition d’avoir eu l’idée de souscrire une assurance… Les autres ont tout perdu. On comprend que le niveau de confiance dans le système bancaire soit retombé au niveau de 2008…
On a dit (Le Monde du 1er mai) que la banque avait “joué” avec les cryptomonnaies. L’explication est beaucoup plus simple :
- quand les taux de refinancement des banques commerciales auprès des banques centrales augmentent aussi rapidement que depuis juillet dernier, les avoirs des banques adossés à des créances émises à taux fixes (prêts ou obligations) perdent une grande partie de leur valeur faciale, la solvabilité de l’établissement chute, les déposants cherchent à récupérer leurs dépôts, la banque ne peut rembourser, et l’incendie démarre. S’il peut être éteint par l’intervention d’une autre banque, par de nouveaux engagements d’une Banque centrale, le tremblement peut s’arrêter, mais il a eu lieu. Le système garde une cicatrice (notre parution du 22 mars 2023).
Aux Etats-Unis, on en est à la 10ème augmentation des taux de la Fed en moins de 10 mois ! Les opérateurs de marché s’attendent maintenant à une période de taux stables, voire en baisse…
Pour lutter soi-disant contre l’inflation, les banques centrales ont tourné le dos à leur mission principale qui est la stabilité des conditions de marché des économies.
D’ailleurs, confondant inflation et hausse des prix, elles ont pris de mauvaises décisions.
Puisque cette hausse des prix, qui a commencé à la fin de 2021, n’était pas due à quelque augmentation de la masse monétaire en circulation, la hausse des taux appliquée aux banques pour leurs refinancements n’était pas la bonne arme.
Aussi bien les hausses de prix dues au COVID, à la flambée des prix de l’énergie, ou à la guerre en Ukraine … , qui se sont appliquées à certains produits ou services (transports, chauffage, soins de santé…) s’analysent comme des prélèvements, voire des demandes de rançons. Les consommateurs finaux les payent (comme en 1973 ou 1979 avec les deux précédentes augmentations spectaculaires des prix du pétrole brut. Et il n’y a pas de parade à court terme. Il faut payer ! Puis faire jouer la concurrence et l’innovation : diversifier ses sources d’approvisionnement ; trouver des alternatives …
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